Le théâtre français pendant la Révolution 1789-1799 : avec plusieurs lettres inédites de Talma
LES DÉBUTS DE LA RÉVOLUTION 59
tique même, de refuser aux comédiens le titre de citoyens que la nation leur défère avant nous, et auquel ils ont d'autant plus de droits qu’il est peutêtre vrai qu'ils n’ont jamais mérité d'en être dépouillés. « On va aux voix sur les amendements de M. de Beaumetz. Ils sont adoptés avec le décret en ces termes :
« L/ Assemblée nationale décrète :
« 1° Que les non catholiques qui auront, d’ailleurs, «rempli toutes les conditions prescrites dans les « précédents décrets pour être électeurs et éligibles, « pourront être élus dans tous les degrés d’adminis« tration sans exception;
« 2° Que les non catholiques sont capables de tous «les emplois civils et militaires, comme les autres « citoyens; — sans entendre rien innover relative« ment aux juifs, sur l’état desquels l’Assemblée se « réserve de prononcer.
« Au surplus, il ne pourra être opposé à l’'éligibilité« d'aucun citoyen d’autresmotifs d'exclusion que ceux « résultant des décrets constitutionnels. »
Cette consécration des droits civils etpolitiques des comédiens fut largement mise à profit par ceux-ci, surtout à l’époque de la Terreur, ainsi que nous allons bientôt pouvoir le constater.
Accueilli par la faveur populaire, ce décret donna lieu à une manifestation enthousiaste, le 14 juillet 1790, au théâtre de la Nation. Quand, dans Momus: aux Champs-Elysées, un acteur faisant allusion à Lekain, prononca ce vers :
S'il eût vécu plus tard, il mouraït citoyen.
il fut couvert d’applaudissements. Trois jours après le Réveil d’'Epiménide, on donnait, le 4 janvier, L'honnéte criminel ou l'Innocence re-