Précis de l'histoire de la révolution française. T. 1-3

NATIONALE. 157

Malesherbes!… Quand les bourreaux voulurent annoncer au monde que c'était à la vertu la plus Pure qu’ils faisaient la guerre , ils égorgèrent Malesherbes ! Il était rentré dans Sa retraite, ne sachant pas qu’il avait fait une action qui Serait à jamais bénie par tous les cœurs généreux. Cependant sa fille, ses petits-enfans étaient encore rassemblés autour de lui. Mais dans cette famille il ÿ avait un jeune homme accusé d’émigration , on le cachait. Tout-à-coup l'asile du vieillard est investi. Ils sont tous arrêtés; de jeu nes femmes , un octogénaire, sont exposés aux mêmes outrages. On prétend que la plus jeune de ces dames, pendant qu’on faisait de tous côtés une rigoureuse recherche, fut saisie d’un frémissement à l'approche d’un lieu qui renfermait des papiers cachés. Les commissaires ÿ trouvèrent tous les crimes dont ils voulaient couvrir Malesherbes et ses enfans.

Malesherbes, conduit à Paris > entra dans la prison à une heure où les détenus étaient rassemblés dans une salle commune. Tous se leyèrent , saisis de respect et de cons-

ternation. On va au-devant de lui; on soutient ses pas ; on veut le faire asseoir sur le seul siége un peu commode qui fût dans la salle ; vous accordez, reprend-il en souriant , le fauteuil au doyen d’âge, mais je ne suis pas sûr de mon titre. Japerçois parmi vous un autre vieillard qui doit l’emporter sur moi.

Un prisonnier vient tomber à ses pieds, qu’il embrasse : Fous! vous ! C'est M. de Malesherbes ! C'est tout ce qu'il peut dire. Que voulez-vous P répond Lamoignon en le releVant, je me suis avisé vers mes vieux ans d'être un mauvais Sujel, on m'a mis en prison.

Telles furent, pendant le peu de jours qu'on le laissa vivre encore , sa constance et sa simplicité. Après avoir lu son acte d'accusation, il dit : mais si cela avait au moins le sens commun. En descendant l'escalier pour aller au tribunal , il ft un faux pas : C’est de mauvais: augure, dit-il, ur Romain rentrerait chez lus.

Il parut devant le tribunal révolutionnaire. On dit que les juges fermaient ou détournaient les yeux pour ne pas voir ce vieillard vertueux entouré de sa famille, pour ne Pas voir les larmes du peuple.

Malesherbes fut condamné à la mort avec sa sœur, sa fille et son gendre, et la fille et le gendre de sa fille, Tandis que tous se préparaient à marcher au supplice, Mme de Rozambo aperçut Mlle Sombreuil ; car les tyrans avaient ressaisi Sombreuil, épargné par les assassins du 2 septembre. Mlle Sombreuil avait volontairement suivi son père dans sa prison;