Précis de l'histoire de la révolution française. T. 1-3

EXECUTIF. 139

demanda l'ajournement. Les trois directeurs courroucés éclatèrent en menaces , le décret fut rendu.

Par la même loi, les élections faites dans quarante-huit départemens étaient cassées. \

Deux autres articles concernaïent les émigrés et les prétres. Ils donnèrent lieu à un grand nombre d'actes arbitrai. res qui ensanglantèrent le règne du directoire. Le premier bannissait du territoire de la république tous les individus inscrits sur des listes d’émigrés, et ceux mêmes qui avaient obtenu une radiation provisoire. Un délai de quinze jours leur était accordé pour sortir de France; tous ceux qu’on y trouverait après ce terme seraient livrés à une commission militaire , et fusillés. Par le second article , le directoire était investi du pouvoir de dépcrter, par des arrêtés individuels motivés, les prêtres qui troubleraient la tranquillité publique.

La même loi renvoyait de France les individus de la maïson de Bourbon qui s’y trouvaient encore. Le prince de Conti, qui s'était déterminé à rentrer dans sa patrie pour y vivre pauvre et obscur , la duchesse d'Orléans, chérie pour ses vertus et vénérée pour ses malheurs, quittèrent un asile inquiet où tout menaçait leur existence, pour recevoir de la maison d'Espagne tous les secours que les liens du sang rendent plus douxiet plus sacrés.

Cette célèbre loi du 19 fructidor contenait encore un grand nombre d’autres articles, dont le but était de placer un gouvernement révolutionnaire à côté du régime constitutionnel , qu’on n’'abolissait pas : état de choses sombre et confus qu’on appela une demi-terreur. La république n’allait plus être régie que par des coups-d’état , et il n’y avait pas dans le gouvernement un seul homme d'état qui pût donner à la violence même leseffets de la vigueur. Les trois directeurs avaient écouté les conseils de la haïne; mais ils étaient moins qu'ambitieux : leur modération n’avait point eu de caractère , leur despotisme n'en eut pas. En remplacement des deux collégues qu'ils avaient condamnés à la déportation , ils s’adjoignirent un habile jurisconsulte et un littérateur d’un esprit doux et conciliant. L'un était Merlin, de Douai, que la nature de son talent aurait plus appelé à des méditations paisibles et savantes qu'aux grandes combinaisons politiques ; l’autre était François , de Neufchâteau , qu’à peine on aperçut dans le directoire, mais qui depuis , comme ministre de l’intérieur sous le même gouvernement, dirigea avec beaucoup d'activité son administration vers des vues d'utilité publique.

Le dernier trait de la vengeance du directoire dans cette

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