Lettres sur la révolution française : par J. Gorani, citoyen français, à son ami Ch. Pougens

FAR AËNCC AUTES Kges anñticipations, ces dettes énormes, & la nullité de vos billets d'état feront connus de votre nation? Ou vous avouerez , fire, l’impoflibilité de payer vos dettes, & cette banqueroute affreufe produira une funefte révolution ; ou vous aurez recours au feul moyen qui vous refte pour rétablir l’ordre dans vos affaires, c’eft-à-dire , à la vente des biens eccléfiaftiques de vos Etats; mais dans ce cas, que n’avez-vous pas à craindre de la cupidité irritée de vos prêtres & de vos moines, de leur funefte afcendant fur vos peuples, du terrible pouvoir des confefionnaux fur vos Piémonatis particulièrement , qui font fi fuperftitieux, fi fanatiques, fi enclins à la trahifon , à la vengeance, à la rapine, à la férocité, aux crimes les plus atroces ? C’eft alors que vous reconnoitrez combien les prêtres font dangereux, combien vous avez eu tort de protéger un clergé fourbe, impoñteur , ignorant, intolérant, inquifiteur, hypocrite, hautain, fpoliateur, & de vous fervir de lui pour perpétuer la ftupide crédulité, ignorance, l'erreur, Pefclavage & les vices de vos peuples.

Que réfulte-t-1l d’un fi déteftable gouvernement ? Vos provinces, fire , au lieu d’être dans un état de prof. périté, font ruinées; au lieu d’avoir des richeffes difpo-

- nibles, vous n'avez que des dettes. Vos peuples, au liew d’être libres, inftruits, vertueux , & dans l’aifance, font efclaves, ignorans, vicieux & dans la mifere ; au lieu de vous témoigner leur contentement , leur reconnoiffance, ils vous effrayent par de juftes murmures,

Si vous aviez, fire, établi le bonheur & la liberté dans vos états, aujourd’hui tous les mécontens de l’Europe chercheroïent un afile chez vous; ils vous porterolent leurs richefles, leurs lumieres, leurs talens, leur

C4