Souvenirs militaires d'Octave Levavasseur, officier d'artillerie, aide-de-camp du maréchal Ney (1802-1815) : un officier d'état-major sous le 1er Empire

CAMPAGNE DE 1895 : AUSTERLITZ 39

le tiens. » — « Tire », lui dis-je. Le coup partit, l'officier tomba, mais il se releva aussitôt, prit sur son dos la selle et équipement du cheval et s’enfuit sans attendre un second coup que voulaient lui envoyer mes soldats. Ce fait attira les compliments de Murat à mes canonniers.

Pendant ce temps, le pont avait été réparé : je marchais, Murat en tête, avec les 9° et 10° régiments de hussards (1). Dans le 9°, se trouvait de Courcelles, l'un de mes compatriotes de Beauvais. Toutes les divisions de dragons suivaient, et nous rejoignîmes la colonne ennemie non loin d’Amstetten. Ma batterie se mettant sur la droite, dans la plaine, pouvait de temps à autre canonner la queue de la colonne dont plusieurs voitures de bagages restèrent en notre pouvoir.

Nous étions au 5 novembre. La route traverse le grand bois d’Amstetten. Le prince, sans prendre la précaution de faire éclairer son passage, entra dans le boïs sans hésiter. Je le suivis derrière un régiment de hussards ; toute la cavalerie venait en colonne après moi. Un quart d'heure se passa; on marchait en silence.

Bientôt une fusillade à bout portant commence contre toute notre ligne; il est impossible de se défendre; tous les chevaux s’ébranlent, on crie : « Place à droite! » Retournant sur ses pas, Murat

(1) Les 9e ct 10° hussards formaient avec les 22e et 16° chasseurs la division légère (général Milhaud) de la Réserve de cavalerie. (Note de l'éditeur.)