Précis de l'histoire de la révolution française. T. 1-3

NATIONALE. 1dr

un nom; il fallait le remplacer. Quand tous leurs ressentimens étaient assouvis, ils prenaient le hasard pour arbitre des sentences de mort. Les listes étaient faites, les noms étaient placés sur des actes d’accusation qui les attendaient. Au milieu de la nuit, un tumulte épouvantable ébranlait la prison. Du fond de la cour, les huissiers du tribunal révofutionnaire appelaient successivement , avec des vociférations qui redoublaient la terreur, avec des intervalles qui prolongeaient l’agonie , tous les condamnés du lendemain. L'appel était fini, un nom oublié le faisait recommencer, Une méprise évidente n’arrêtait rien. Le lendemain, au tribunal révolutionnaire , les délateurs prisonniers, après avoir armé d’airain leur cœur et leur front, soutenaient contre chacnn des accusés une imposture concertée. Bientôt suivaient ces arrêts... dont il faudra encore que je rende compte !

C’est l’intérieur des prisons de Paris que je viens de tracer ; le reste de Paris, le reste de la France offrait un aspect non moins lamentable. Bien avant que le jour parût, les rues étaient remplies d’une multitude de femmes et d'enfans mornes et plaintifs, qui se tenaient rangés dans un long ordre à la porte de tous les différens marchands de comestibles. La loi du maximum avait rendu Paris semblable à une ville épuisée par un long siége. Les marchands redoutaient une vente comme un pillage : la crainte de la mort les forcait seule à de pénibles sacrifices. L’habitant de la campagne apportait en tremblant ses fruits. Plus de bruit, plus de concours dans les places publiques. On ne rencontrait plus d’élégantes voitures ni de somptueux équipages, et l'oreille attristée regrettait leur choc et leur embarras. Les quartiers habités par tous les favoris de la fortune et de la cour étaient déserts. Sur leurs hôtels étaient écrits ces mots : Propriété nationale, qui indiquaient la demeure d’un émigré ou d’un condamné. D'autres inscriptions offraient encore un sens plus direct et plus sinistre, telle que celle-ci : Liberté, égalité, fraternité, ou la mort ; ailleurs : Mort aux tyrans et à leurs complices ! Partout la mort! Si la maison était habitée, un long écriteau indiquait le nom , l’âge et la profession de tous les individus qui la composaient.

On marchait dans les rues en craignant de se rencontrer, de se reconnaître. Beaucoup de personnes étaient glacées à l'aspect d’un ami comme à l'aspect d’un ennemi même. Les lâches redoutaient qu’on ne vînt leur demander un asile. On ne se montrait plus que sous de hideux travestissemens. 1 n’y avait que peu d'hommes qui osassent refuser à la terreur le sacrifice de la propreté, On se serait cru trahi par