Les Cahiers des curés : étude historique d'après les brochures, les cahiers imprimés et les procès-verbaux manuscrits

48 LES CAHIERS DES CURÉS

tins ont la moitié de la dime et donnent, par an, 10 livres aux pauvres ; l'archevêque, décimateur dans la même proportion, donne 8 livres! — Dans l’Artois, c'est de règle : le bénéficier ne fait pas l’'aumône! (1).

« Voyez, par contraste », — copions-nous dans l'ouvrage de l’académicien sceptique dont les ultramontains, avec trop de légèreté, se sont fait un auxiliaire (2), — « voyez le luxe des prélats, qui ont un demi-million de rente, la pompe de leurs palais, les équipages de chasse de M. de Dillon, évêque d'Evreux; les confessionnaux garnis de satin de M. de Barral, évèque de Troyes; l’innombrable batterie de cuisine, en argent massif, de M. de Rohan, évêque de Strasbourg..…., dont l'aube, brodée de points à l'aiguille, était estimée à plus de 100,000 livres !.…

« Les 131 évêques et archevèques, les 700 abbés commendataires sont gens du monde; ils font bonne figure, ils sont riches, ils ne sont pas austères, et leur abbaye est pour eux une maison de campagne qu'ils restaurent ou embellissent en vue de la résidence qu'ils y ont et de la compagnie qu'ils y accueillent.

« À Clairvaux, dom Raucourt, très poli envers les hommes et encore plus galant envers les femmes, ne marche qu’en voiture à quatre chevaux avec un piqueur en avant; il se fait donner du Monseigneur par ses moines et tient une vraie cour. La chartreuse de Val-Saint-Pierre, a un somptueux palais, au milieu d'un immense domaine, et le père procureur dom Effinger passe ses journées à recevoir ses hôtes.

« Au couvent d'Origny, près de Saint-Quentin, l'abbesse a des domestiques, une voiture, reçoit en visile et à diner les hommes dans son appartement...

(1) Taine, I, 66, 95, 97. (2) Ibid. L, 97 et 469.