Théveneau de Morande : étude sur le XVIIIe siècle

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de police recueillies par Manuel peuvent servir à donner une idée de ce que contenait la nouvelle œuvre de Morande. Elle mettait en scène Louis XV « faisant le café de Chonchon, qui lui disoit en riant à gorge déployée : Croiroiton que tu es le maître de vingt millions de sujets et que je suis ta sujette? cette même Chonchon se faisant mettre ses pantoufles, en sortant de son lit, par l'archevêque de Reims, qui les baisoit comme celles du pape; la même qui, soupant à Trianon avec Sa Majesté, ôte la perruque au Chancelier et, pendant qu’on la met en papillotes, couvre de son mouchoir ce chef de la justice. » Tout Versailles tremblait. Comment prévenir un pareil scandale ?

égards l’auteur des Anecdotes qu'il aurait fallu soudoyer, s’il eût été homme à cela, et non ce gueux de Morande, que l’on m’a fait payer si cher pour m'avoir dit les injures les plus infàmes d’un style plat et dégoûtant. » Grimm dit, de son côté : « Il faut distinguer de l'Histoire de madame Du Barry un ouvrage du même genre qu’on vient de publier sous le titre d’Anecdotes. Le premier est d’une platitude qui passe toute expression : ce ne peut être que l’ouvrage d’un laquais. On peut soupçonner les Anecdotes d’être au moins celui d’un valet de chambre; on y trouve une sorte de bonhomie et d’impartialité. À en juger par quelques faits dont nous avons été plus directement instruits, il paraît que l’auteur dit à peu près tout ce qu'il sait, mais il ne le sait qu’à demi...» Corresp. de Grimm, édit. Taschereau, t. IX, p. 280.