Gouverneur Morris : un témoin américain de la Révolution française

342 GOUVERNEUR MORRIS

volution n'a fait naître aucun usurpateur : «C’est une chose étonnante, Monsicur, que quatre ans de convulsions au milieu de vingt-quatre millions d'hommes n'aient fait surgir personne ni dans la vie civile ni dans l’armée dont la tête puisse coiffer le chapeau que la fortune a tissé. »

Il tenait donc, comme plus probable alors, l'hypothèse d’un triumvirat préalable. En celail raisonnait Juste : comme nous l’avons dit plus haut?, la logique des institutions le voulait ainsi. Mais il allait trop vite; le moment psychologique n'était pas encore arrivé, bien que la solution que Morris croyait probable füt déjà dans l'air. Le 21 septembre 1502, le jour où ‘s’ouvrit la Convention, Couthon s'écriait : « J’ai entendu parler, non sans horreur, de la création d’un triumwirat, d’une dictature, d’un protectorat. Eh bien ! jurons tous la souveraineté du peuple, sa souveraineté entière: vouons une exécration égale à la royauté, à la dictature, au triumvirat et à toute espèce de puissance individuelle quelconque qui tendrait à modifier et à restreindre cetle souveraineté ?. »

Dans sa lettre à Washington du 18 avril 1794, Morris expose comment il entrevoyait le triumvirat, composé de Robespierre, de Danton et d’un troisième qu'il ne nomme pas (peut-être Couthon ou Chabot qui est mentionné au début de la lettre), et comment la mort de Danton rend cette combinaison impossible. Il semble aussi que son attente se soit alors reportée sur Robespierre, comme pouvant aspirer au pouvoir unique et suprême ; mais, somme toute, il nele juge pas de taille à tenter pareille entreprise: « Le 18 octobre je vous ai donné une vue succincte de la nature du gouvernement et de ce qui semblait devoir être la solution finale et probable. J'y notais qu’il était encore incertain si la France arriverait à ce point en passant par un lriumvirat ou toul autre petit corps de personnes, mais que je considérais cette hypothèse comme la plus probable. A cette époque les choses étaient montées très haut et depuis lors a régné la plus grande incertitude quant au coup qui serait porté. Je joins et en-

1. T. II, p. Gr. — 2. Ci-dessus, p. 317. 3. Réimpression de l'Ansien Moniteur, t, XIV, p. 8.